Mais qu’a voulu démontrer Cash Investigation ?

Mais qu'a voulu démontrer Cash Investigation ?

Le documentaire Cash Investigation diffusé sur France 2 mercredi dernier a fait couler beaucoup d’encre. Il traitait de l’omerta qui régissait dans le football mondial quant aux mannes financières. 48 heures plus tard, il est l’heure de dresser un constat de la diffusion de ce genre de documentaires. Foot et Fric, une alliance qui fera éternellement jaser.

Deux publics s’intéressaient à cette enquête. D’un coté, les amateurs de football, regardant de près ou de loin au millions d’Euros décisifs dans le transfert de Gareth Bale au Real Madrid par exemple. De l’autre, le téléspectateur entièrement profane. Chez les deux, la réaction finale est la même qu’après un 0-0 de l’Equipe de France. On s’explique.

Le reportage commence par un suivi rapide de la vie de Madine, jeune garçon français ayant fait le buzz il y a de cela 4 ou 5 ans lors de la parution sur Youtube de certaines vidéos mettant en avant sa technique balle au pied succulente. Emmenée jusqu’aux portes de la Masia, le centre de formation du F.C Barcelone, l’équipe de France 2 s’étonne de voir tant d’enfants entre 8 et 12 printemps passant des sessions de recrutements afin d’intégrer l’académie condal. De là, découle un raisonnement. Si de grands clubs tentent de faire signer des jeunes garçons si tôt, c’est dans le but d’assurer un retour sur investissement plus fort. Exemple avec Madine, donc. Le club touchera 50000 euros par année de formation en cas de vente du jeune prodige, s’il l’intègre. Pour 9 ans à la Masia, l’addition tombe donc : 450 000 Euros. Bon. Peau de balle dans ce monde.

S’en suit une visite à Clairefontaire. Dans ce lieu saint du football national, les journalistes rencontrent trois faux-agents de joueurs. C’est peut-être la partie la plus gênante du reportage. Effectivement, ce sont des enfants. L’affaire ne va pourtant pas plus loin qu’une dispute avec un formateur à l’Institut National du Football. On passe comme on le dit au « monde des adultes ».

Et là, on découvre les imbroglio du transfert d’Eliaquim Mangala. Jeune perle du football français, défenseur du FC Porto de son métier. Lui-même ne semble pas être au courant de qui possède ses droits contractuels. Ce qui a le don de le faire paraître pour un naïf. En Belgique, Cash Investigation va faire la connaissance de d’Onofrio, agent de joueurs diabolisé à souhait, dont les seules images tournées sont celles de sa fuite devant les caméras.

D’interviews anonymes en autres affligeantes (Noel LeGraët), France 2 réalise un reportage construit, mais malheureusement un peu trop court. On surfe ici sur une vague superficielle, lançant des grands chiffres à-tout-va. Sans pour autant remonter les pistes jusqu’au bout. C’est frustrant, mais on ne peut que saluer le travail d’Elise Lucet et ses confrères, qui ont osé éclabousser l’image de France 2 auprès des institutions de football français. On imagine la tronche qu’ont du tirer les journalistes de Stade2 devant leur écran. Finis les petits reportages à Valenciennes, dont le contrat de Carlos Sanchez donne lieu à un chapitre de l’enquête.

Oui, le football est rempli de saloperies, pour rester poli. Des manières dignes de petits réseaux mafieux, cherchant à détourner de l’argent, en blanchir d’autres. Mais au fond, ne l’aime-t-on pas pour cela ? Pour ses frasques, pour ses problèmes, pour ses affaires, pour tout ce dont on peut parler autour d’une bière entre amis. Si ce sport était le plus propre du monde, serait-il aussi populaire ? Pareil, si ces phénomènes existent dans le foot, sont-ils pour autant étrangers aux autres sports ? Pas sur. Ou pas encore. C’est peut-être le revers de la médaille.

C’est en cela que nous revenons à nos réactions suite à un 0-0 de l’Equipe de France. La où les amateurs de football vont parler de quelque chose qu’ils connaissaient. Oui, ce 0-0 était prévisible. Ils parleront de manque de réussite,de confiance, de dispositif tactique; de cette fameuse science inexacte qu’est le sport-roi; les profanes, eux, vomiront sur ces « millionaires pas capable de courir derrière un ballon ». Comme si les joueurs braquaient eux-mêmes des banques dans le but de se rétribuer un salaire. Et comme si l’argent agrandissaient les buts, ou amélioraient la vitesse des sportifs.

A l’heure ou nous entendons continuellement des insultes quant aux salaires immérités qui sont versés aux acteurs de matchs suivis internationalement, à l’heure ou le fossé se creuse encore plus entre ce sport et les français, il est bon de rappeler cette situation d’Albert Camus :

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois ».

Preuve ultime que les stades, les tribunes, le terrain, les arbitres, les retransmissions télé, les millions qui transitent, les scandales… tout ça n’est que le reflet de notre société. Rien de plus, rien de moins.

Qui sont les vrais coupables ?

(Pour revoir le documentaire, c’est par ici !)

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